Actuel Moyen Âge
@AgeMoyen
Sat Apr 18 11:33:06 +0000 2020

On continue notre série d’articles sur la Peste. Aujourd’hui, épisode 26 : « la Peste, une aubaine pour les femmes ? ». Au Moyen Âge, les grandes vagues de Peste offrent aux femmes de nombreuses possibilités d’émancipation... pendant un temps. Un thread ⬇️ ! #histoire https://t.co/Ej7lohdQ2A

D’abord, évidemment, sur le marché du travail. Vu la mortalité, la main-d’œuvre se fait rare, alors que le nombre de champs ou de têtes de bétail, lui, n’a pas bougé. Dès lors, les employeurs ne peuvent pas se permettre de ne plus embaucher de femmes https://t.co/bTswTByrE7

Celles-ci travaillent déjà bien avant la Peste, dans les champs, les ateliers d’artisans, les fabriques de textile, et au foyer bien sûr, mais elles étaient souvent peu voire pas du tout rétribuées pour ce travail. La Grande Peste facilite leur accès à un travail salarié reconnu https://t.co/iFTF3rPor2

En position de force, elles parviennent même à obtenir des hausses de salaire : en Angleterre, le salaire journalier des femmes qui assistaient les couvreurs de toit triple entre 1340 et 1390, alors que celui des hommes n’augmente que d’un tiers dans le même temps https://t.co/Swl2YZhHrl

A Saragosse, c’est le même ordre de grandeur : les femmes travaillant avec les meuniers reçoivent trois fois plus de blé après la Peste qu’avant, alors que pour les hommes ça n’augmente presque pas https://t.co/z0mNqNoTyi

Bon, pas de vision angélique : même après ces augmentations, les salaires des femmes restent bien inférieurs à ceux des hommes... https://t.co/4FNregOe8M

Ces salaires donnent plus de libertés aux femmes. Ils leur permettent en effet de ne pas dépendre entièrement de la dot que leur verse leur père, et donc de pouvoir choisir (ou en tout cas un peu plus qu’avant) avec qui elles souhaitent se marier https://t.co/Cb76SB19Nh

Par exemple, en Angleterre encore, on voit qu’après la Peste les femmes se marient en moyenne plus tard dans les villes (Londres : 19 ans en moyenne au début du XVe siècle) et sont plus nombreuses à rester célibataires https://t.co/klTQ5buV5s

Autre conséquence du creux démographique : il devient beaucoup plus facile aux femmes de récupérer des héritages. En effet, avant les épidémies de peste, les lois des villes italiennes excluent les femmes de la succession si des hommes – frères ou neveux – leur font concurrence https://t.co/tkJuocQlD5

Mais en 1348, quand un tiers de l’Europe trépasse, il devient de plus en plus difficile de trouver un héritier mâle survivant… et les femmes empochent la cagnotte. Cet héritage est d’autant plus intéressant que, comme les salaires, il permet de financer une dot https://t.co/LVcE0T9idG

A Padoue, par exemple, après les épidémies de peste de 1348 mais aussi de 1362 et de 1405, on observe chez les notaires une hausse des contrats de dot où c’est l’épousée et non son père qui paie sa dot. https://t.co/RzfI0oHdN9

Malheureusement, cet état de grâce patrimonial ne dure pas, et les femmes sont bien vite remises à leur place. Ce qui n'est pas sans évoquer la théorie du "retour de bâton" (backlash), théorisée par Susan Faludi... https://t.co/kSAVgdj0SI

Dans les villes italiennes, les gouvernements – composés d’hommes... - durcissent drastiquement les lois successorales : désormais, selon les endroits, les femmes peuvent être exclues de la succession par leurs frères, mais aussi par leur grand-père, leurs oncles, leurs cousins… https://t.co/W7DHv9bbfI

Une première vague de réformes intervient au lendemain de la Grande Peste de 1348 : à Florence, en 1351, on interdit à la mère et à toutes ses ascendantes de recueillir l’héritage des enfants. https://t.co/pby9XKnHMT

Une deuxième vague arrive après les épidémies de peste du début du XVe siècle : à partir de 1420, à Padoue, les filles peuvent même être exclues de la succession par leurs cousins jusqu’au quatrième degré (c’est-à-dire tous les descendants de leur arrière-arrière-grand-père) ! https://t.co/jsDhPVO62v

Les circonstances démographiques exceptionnelles causées par la peste ont donc offert aux femmes une petite bouffée de liberté économique, souvent réprimée... De quoi nous inviter à rester attentifs aux conséquences sociales de la pandémie actuelle. La suite au prochain épisode ! https://t.co/n9N44flioF