Mélanie Wanga
@babymelaw
Fri Feb 08 19:34:02 +0000 2019

La Ligue du LOL, c'est ce qui m'a poussée à quitter cette appli en 2013. C'est quoi ? A l'époque, une team de fringants journalistes qui s'adonnaient au harcèlement comme à un sport, avec pour cibles des féministes, des personnes LGBTQ et racisées. https://t.co/bp9cB9gViG

Imaginez être une jeune journaliste noire, parler de blackface, d'apartheid et se prendre ce genre de trucs x20 par des "confrères" pendant plusieurs jours. https://t.co/LJmaT9FHpu

Imaginez croiser les gens de cette team en soirée. Les voir se promouvoir entre eux, se donner des CDD, des CDI. Les voir harceler d'autres personnes. Vous essayez de lutter et d'aider, sans trop réussir. Parce que déjà, les rapports de force sont complètement déséquilibrés.

Des mecs blancs bien insérés dans le milieu, entourés de "cool girls" qui joignent la curée du harcèlement parce que why not ? Plus on est de fous. La ligue, c'était un groupe pyramidal où les mange-merde harcelaient pour montrer aux boss qu'ils avaient de la valeur.

Comment tu dénonces un milieu structurellement conçu pour ne pas donner la parole aux gens comme toi ? Comment tu fais quand tu dis que tu subis du harcèlement sexiste et raciste et qu'on te répond "C'eSt pAs La VrAiE vIE!!". Quand tu es journaliste, Internet c'est ton travail.

Imaginez, au fil des années, voir ces harceleurs se racheter une virginité, parler "d'égalité", ouvrir des chaînes YouTube, regurgiter le travail des féministes qu'ils ont emmerdées, effacer leurs tweets les plus craignos. Si ce milieu, c'était ça, alors ce n'était pas pour moi.

Alors ma stratégie a été de prendre ma confiance en moi pulvérisée sous le bras, de quitter Twitter et de cocréer des projets indépendants. Une newsletter féministe (@Quoidemeuf), un podcast afro (@LeTchipPodcast), un magazine de beauté noire (Waïa).

Ça fait longtemps que beaucoup de gens portent en eux les méfaits de ces types. Ils disent qu'ils étaient jeunes, qu'ils rigolaient, que "c'était brillant". Boys will be boys. Ils avaient entre 20 et 30 ans. J'avais le même âge, et pourtant je n'ai harcelé personne.

J'avais le même âge, mais je n'ai pas eu les mêmes opportunités de carrière. Mes copines féministes non plus. Peut-être parce qu'on est complètement nulles, hein. Ou peut-être parce que la cooptation aux postes a joué au max entre ce petit monde resserré des "loleurs". https://t.co/t1T7wzMMSz

Mon souhait ? Qu'on change suffisamment le système pour qu'un truc comme ça ne se reproduise pas à cette échelle. La féministe en moi rêve du démantèlement des Boys Clubs. Je voudrais aussi qu'on écoute celleux qui ont subi. C'est elleux qu'on a besoin d'entendre. #laliguedulol