DrNeurone- No #FakeMed
@minuit08
Sat Jun 15 20:31:09 +0000 2019

Je n’aime pas trop les thread mais j’en ai un peu gros sur la patate alors pour une fois je déroule et je me défoule ⬇️ Je suis neurologue en service public hospitalier depuis 11 ans. CCA puis PHC puis PH dans un CHG. J’ai vu le service se dégrader. J’ai vu plein de gens partir.

Pourquoi je reste malgré les difficultés de plus en plus grandes, le salaire, les astreintes qui me pourrissent la vie? Alors que je pourrais gagner plus en travaillant probablement moins, dans mon petit cabinet en secteur 2?

Parce que le service public, soigner toute personne, quelle que soit sa pathologie, son origine, son âge, c’est important. Parce que je suis dans une équipe formidable. Parce que si mes parents présentaient un AVC, je souhaite qu’ils tombent sur des gens comme nous.

Et jusqu’ici on s’en sortait pas trop mal. L’hôpital dans lequel je travaille regorge de gens vraiment exceptionnels, des soignants humains, qui ne comptent pas leur temps. Et c’est comme ça dans pas mal d’endroits. Le problème s’appelle: le déficit. Alors on fait des PRE.

Plan de Retour à l’Equilibre. Ça marche moyennement. Puis on s’enfonce doucement dans les dettes, plus d’investissement possible, les PH commencent à partir, petit à petit. Surtout les équipes fragiles. Nous, on tient bien.

Et bam on te propose une réorganisation fumeuse. Des ratios IDE/AS/patients abominables. On te demande de gagner des parts de marché, de te bouger le cul pour rentabiliser tes activités. Et on te dit que tu as le choix, bien sûr. Mais bon si tu fais rien... (silence menaçant)

Bien sûr, nous médecins, on ne cautionnera pas ces plans. Mais quel avenir nous propose-t’on? Cette histoire est malheureusement celle de beaucoup de CH. Hors, nous n’avons AUCUN poids sur les recettes (tarification fixée par la Sécu, rappelons-le, baissant d’année en année)

Peu de poids sur les dépenses. L’obligation de prendre des patients de plus en plus lourds ou des problèmes sociaux refusés par les structures privées. Des charges de plus en plus importantes, des obligations qualité également etc etc Alors oui, on peut faire des efforts

Oui on peut grappiller 1,2 millions. Mais il faut arrêter de nous faire croire que de réorganiser les services, fermer des lits etc va changer la donne. C’est hypocrite. Si on n’a pas les sous pour maintenir une santé à flot, que les politiques le disent ouvertement.

Arrêtez de dire que c’est de notre faute, qu’on coûte cher, qu’on est mal organisés! Parce qu’on fait bien notre boulot, on a déjà rogné énormément sur nos outils de travail, on ne pourra pas faire beaucoup mieux sur les coûts. On ôtera juste de la qualité de soin.

La crise des urgences n’est que la partie émergée de l’iceberg, le mal est profond. Et en discutant autour de moi ne concerne pas que le service public. On coulait, maintenant on se noie. Tout cela me rend vraiment très triste. Merci d’avoir lu pour ceux qui sont arrivés ici.